Au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, un projet singulier autour du devoir de mémoire a rassemblé cette année un groupe de détenus accompagnés par Sophie Bichakjian, professeure d’histoire-géographie. L’objectif : comprendre, raconter et transmettre deux parcours individuels de la Seconde Guerre mondiale, à travers la création de bandes dessinées historiques.
Pendant plusieurs semaines, les participants ont mené une véritable enquête historique, en s’appuyant sur des archives locales, des témoignages et des ressources documentaires. Deux figures ont été choisies :
Marcel Cochet, professeur d’EPS, résistant, déporté à Dachau puis revenu en 1945 ;
Serge Elefant, adolescent juif de 16 ans, arrêté et déporté par le convoi n°73, non rentré.
Le travail ne s’est pas limité à la recherche. Avec l’accompagnement du dessinateur Mathieu Rebière, les détenus ont découvert les codes de la narration graphique : construire une scène, choisir un cadrage, traduire une émotion. Crayon en main, chacun a trouvé sa place, entre précision documentaire et expression sensible.
Au fil des séances, le projet s’est imposé comme un espace d’engagement, de confiance et d’exigence. En prison, mener un projet jusqu’au bout n’a rien d’évident : interruptions, doutes, découragement. Pourtant, les bandes dessinées ont été menées à terme, dans une fierté collectivement partagée.
Ces réalisations témoignent d’une mémoire vivante, transmise par ceux qui, peut-être plus que d’autres, connaissent la valeur des récits qui sauvent et qui relient.
Elles rappellent aussi combien l’enseignement en milieu pénitentiaire peut être un lieu de reconstruction, de sens et d’ouverture au monde.
« Chapeau, les gars », conclut l’enseignante dans le livret final. Et la formule dit juste.
